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L’enseignement du français en Égypte

17/01/2020

Dans le cadre de la coopération éducative et linguistique avec la France, l’Égypte, pays francophone et francophile, a mis en œuvre un projet d’appui à l’enseignement du français dans les écoles publiques.

Claudia Calvo, attachée de coopération pour le français à l'Institut Français d'Égypte, évoque ce projet d’envergure, lors d’un entretien recueilli le 22/08/2019 par le Fil du Bilingue. 

Pouvez-vous décrire le contexte scolaire francophone en Égypte ?

L’enseignement de la langue française dans les programmes nationaux fait partie des traditions en Égypte. En 2018, après plusieurs années de coopération consacrées aux écoles à programme français et aux sections bilingues francophones (programme égyptien), l'Institut français d'Égypte a mis en place un projet d’appui à l’amélioration de l’enseignement du français Langue vivante 2 dans les écoles gouvernementales égyptiennes, projet porté par le dispositif FSPI (Fonds de Solidarité Prioritaire innovant) du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères.

Ce projet ADEFE (Appui à l’enseignement du français en Égypte) qui accompagne l’ambitieuse réforme égyptienne de l’éducation, vise le développement des compétences professionnelles des enseignants, ainsi que l’élaboration des programmes de français et la conception d’activités pédagogiques.

Le projet FSPI accompagne la première étape de la réforme curriculaire appelée Éducation 2.0, qui se poursuit jusqu’en 2030, et nous continuerons à accompagner la réforme, notamment pour le renforcement des compétences professionnelles des formateurs. Ces derniers assureront le transfert des compétences auprès d’autres enseignants de tous les gouvernorats afin de pérenniser ces actions. Ce transfert de compétences pourrait être inscrit dans un projet de plus grande ampleur, avec un financement plus important.

Combien d’écoles enseignent le français ?

Dans les écoles gouvernementales égyptiennes, on estime à 12 000 le nombre de professeurs qui enseignent le français comme LV2, et à 1000 les enseignants exerçant dans les écoles bilingues francophones avec le français en LV1. Il existe également de nombreuses écoles privées d’investissement ou internationales où le français est enseigné comme LV2, mais nous n’avons pas de statistiques précises.

De plus, actuellement, 14 établissements à programme français proposent un enseignement à plus de 8 800 élèves. Ces établissements font face à une demande croissante et leurs effectifs sont en hausse constante.

Quels sont les différents types de structures scolaires en Égypte ?

Il existe des écoles gouvernementales publiques, écoles privées confessionnelles, semi-publiques Al Horreya, écoles expérimentales, écoles d’investissement, écoles internationales mais les effectifs précis ne sont pas connus.

Combien d’apprenants de français en LV2 ? en LV1 ?

On estime à 3 millions d’élèves qui apprennent le français dans les écoles en Égypte, la grande majorité dans les écoles gouvernementales en LV2, et environ 39 000 dans le réseau des 50 écoles bilingues francophones en LV1. Cela représente un peu plus de 10% des effectifs, rappelons que 20 millions d’élèves sont scolarisés dans le système éducatif égyptien, qui va du préscolaire (jardin d’enfant, non obligatoire) jusqu’au « grade 12 », l’équivalent de la terminale française.

Quelle place la langue française occupe-t-elle aujourd’hui en Égypte ?

L’Égypte est un pays de longue tradition francophone. Boutros Boutros-Ghali a d’ailleurs été le premier secrétaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de 1997 à 2002. La francophonie égyptienne, tout en conservant une place privilégiée, s'inscrit dans un contexte plurilingue où l'anglais est la langue des affaires. La langue française est souvent considérée comme une langue de l’élite, héritage du statut dont elle a joui au 19ème siècle et ce jusqu’aux années 50 où le français était alors la langue des milieux intellectuels et des salons littéraires. Aujourd’hui, nous devons conforter cette langue comme un accès à une éducation de qualité pour le plus grand nombre, ce que vise le projet ADEFE.

Ainsi, de nombreux cadres égyptiens de différents ministères ont été formés en français. On compte entre 3 et 4 millions de locuteurs francophones et le français est la deuxième langue étrangère apprise après l’anglais. L’Égypte reste attachée à la France, pays contributeur de sa modernisation au 19ème siècle. La France fait actuellement partie des partenaires importants de l’Égypte en matière d’éducation, de coopération scientifique, culturelle, mais aussi universitaire, comme l’illustre la création de l’Université française d’Égypte ou les filières d’enseignement supérieur en français telles que le droit international, la gestion, l’économie ou les sciences politiques.

Enfin, témoignage de l’attractivité de la langue française, son apprentissage à l’Institut français d’Égypte est en forte augmentation depuis quelques années : plus de 24 000 apprenants en 2019 sur les sites d’Alexandrie et du Caire, plus de 12 500 candidats aux certifications. L’Alliance française de Port-Saïd, de même que le Centre d’Enseignement de la langue française de Mansourah attirent également un public d’enfants et d’adultes.

Quelles sont les spécificités de l’enseignement bilingue francophone en Égypte ?

L’enseignement bilingue a été introduit en Égypte au 19ème siècle par des congrégations catholiques françaises. Actuellement, il existe en Égypte une cinquantaine d’écoles bilingues francophones à Alexandrie, au Caire et à Port-Saïd, dont près de 70% sont confessionnelles. Les anciens lycées de la MLF nationalisés sous Nasser, les lycées Al Horreya, ainsi que des écoles d’investissement appartiennent également à ce réseau.

Au total 39 000 élèves suivent des enseignements en français (sciences et mathématiques), dans le cadre des programmes nationaux, de la maternelle jusqu’au baccalauréat. Ces enseignements sont dispensés par 1 600 professeurs de français et de DNL. 7 écoles expérimentales gouvernementales complètent le dispositif de l’enseignement bilingue en Égypte.

De quelle manière le service de coopération éducative soutient-il l’enseignement bilingue francophone en Égypte ?

L’enseignement bilingue constitue l’une des priorités de la politique linguistique et éducative de l’Institut français d’Égypte. Ce soutien s’organise selon les axes suivants :

  • Un plan annuel de formations qui prévoit des stages en Égypte, animés par des formateurs égyptiens de l’Institut français d’Égypte, des universitaires, des enseignants ou des coordinateurs pédagogiques des écoles bilingues, et des formateurs de France Éducation international. Nous soutenons également les écoles dans le cadre de stages en France organisés en collaboration avec France Éducation international. Nous réservons par ailleurs certaines formations aux écoles labellisées LabelFrancÉducation. D’un point de vue thématique, nous privilégions les problématiques spécifiques à l’enseignement bilingue : l’interdisciplinarité, le décloisonnement des disciplines, l’articulation des langues DNL. 
  • Le séminaire bilingue, grand rassemblement national annuel, réunit pendant deux jours près de 400 acteurs et partenaires éducatifs (chefs d’établissement, enseignants, coordinateurs pédagogiques, etc.) autour de conférences et d’ateliers pédagogiques. Cette rencontre permet aussi d’aborder les questions de gouvernance des établissements bilingues et de professionnalisation des équipes de direction. Ces séminaires sont l’occasion de promouvoir le réseau des écoles dans la presse nationale égyptienne qui met en avant les atouts de l’enseignement bilingue, comme cette année où l’accent a été mis sur les compétences transversales. Ce thème est l’un des axes majeurs de la réforme du système éducatif égyptien qui a pour objectif principal l’amélioration de l’acquisition des compétences de vie pour les élèves, en les dotant de compétences transversales (résolution de problèmes, l’esprit critique, etc.)
  • La démarche qualité en articulation avec le LabelFrancÉducation délivré par l’AEFE (Agence pour l’enseignement du français à l’étranger) a été proposée par l’Institut français aux établissements. Introduite en 2013 dans 20 établissements bilingues, cette démarche propose des outils permettant une approche globale et dynamique de l’établissement ; elle constitue un procédé efficace pour que l’ensemble des acteurs concernés, chefs d’établissement, responsables pédagogiques et enseignants s’engagent ensemble dans une démarche réflexive, de transparence et de concertation, pour améliorer la qualité de l’enseignement du et en français ainsi que les performances des élèves. Actuellement, 15 établissements sont labellisés, ce qui place l’Égypte au 3ème rang mondial après les Etats-Unis et l’Espagne, en nombre d’établissements labellisés.

D’autres outils de coopération linguistique et éducative permettent de soutenir l’enseignement bilingue :

  • L’IUFP, Institut universitaire de Formation des Professeurs est un dispositif professionnalisant de l’IFE, créé en 2004, pour répondre à des demandes d’exigence de formation dans les écoles bilingues et les écoles publiques et internationales. L’IFE en assure le pilotage administratif, budgétaire et pédagogique. L’IUFP rémunère une équipe de formateurs, relais de notre coopération éducative, mais aussi des conseillers et tuteurs chargés du suivi et de l’encadrement pédagogiques des stagiaires dans les écoles. Nous proposons trois cursus de formation annuelle en partenariat avec le Ministère de l’Éducation égyptien, l’Université Ain Chams et Sorbonne Université-Faculté de lettres-ESPE de l'académie de Paris. Il existe ainsi un cursus de formation initiale destiné aux enseignants débutants ou peu expérimentés, un cursus de formation continue destiné aux enseignants expérimentés en poste et un cursus de la formation de formateurs, en collaboration avec l’ESPE – Sorbonne Université/

IUFP : http://www.institutfrancais-egypte.com/fr/notre-programmation/inscr-iufp-2019-20/

IUFP Brochure de présentation des formations : https://drive.google.com/file/d/0B8cy2_LxYJvsRDF0YnlhUkJRRHM/view

  • L’Égypte a été le premier pays de langue arabe à bénéficier du programme d’assistants français à l’étranger de France Éducation international. Ainsi, deux assistants français ont été affectés dans cinq écoles bilingues d’Alexandrie et du Caire, pour l’année 2019-2020.
  • La plateforme numérique IFprofs Égypte est également au service de l’enseignement bilingue francophone. IFprofs Égypte permet de mettre en réseau les écoles bilingues, de mutualiser les pratiques pédagogiques et d’offrir un espace de discussion, de partage et d’expertise avec les enseignants d’Égypte mais aussi avec ceux d’autres pays-membres. C’est également un support pour mettre en ligne les cours de l’IUFP et partager des ressources en français, en mathématiques et en sciences.

Quels sont les défis et les perspectives qui se dessinent pour l’enseignement bilingue en Égypte ?

L’enjeu principal est de maintenir la qualité de l’enseignement du et en français en accompagnant la réforme initiée par le ministère égyptien de l’Éducation et de l’Enseignement technique. Il faut poursuivre la politique de formation des enseignants de français et de DNL, tout en impliquant davantage le réseau des enseignants formateurs que nous avons formés, véritables relais de notre coopération. Ces enseignants formateurs sont amenés à animer des formations proposées par l’IFE, mais aussi au sein de leurs écoles en formation interne.

Dynamiser l’enseignement bilingue en valorisant les innovations pédagogiques et les bonnes pratiques est également un axe de coopération à privilégier. Cela passe notamment par le numérique éducatif qui participe aussi au renouvellement de l’image du français. Le numérique permet de revitaliser l’enseignement du et en français autour de notions et de valeurs telles que la collaboration, la créativité, l’esprit critique ou encore l’ouverture au monde. Le numérique n’est pas une fin en soi mais il invite les enseignants à rendre les cours de français plus authentiques, moins scolaires et plus attractifs pour les jeunes.

Enfin, renouveler l’image du français passe par un repositionnement du français comme langue de l’emploi et pas seulement comme une langue de culture, porteuse de valeurs humanistes. La valorisation du français comme langue utile sur le marché du travail, comme langue des échanges économiques et des affaires est nécessaire. L’Égypte compte effectivement près de 160 filiales de sociétés françaises qui emploient plus de 30 000 personnes. Et rappeler qu’un candidat maitrisant le français, en plus de l’anglais, suscitera davantage d’intérêt de la part des recruteurs.

Quel est le devenir des élèves des sections bilingues en Égypte ?

Les élèves forment un vivier important pour l’Université Française d’Égypte et les filières universitaires francophones.

Université Française d’Égypte : http://www.ufe.edu.eg/

Liste des filières francophones d’enseignement supérieur : http://www.institutfrancais-egypte.com/fr/coop%C3%A9ration/coop%C3%A9ration-universitaire/etudier-en-egypte/

Le Fil du bilingue remercie Claudia Calvo, attachée de coopération pour le français, d’avoir bien voulu répondre à ses questions.