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Toshko Hristov, professeur d'histoire en Bulgarie

15/05/2015

Toshko Hristov est professeur d’histoire en français au lycée bilingue Asen Zlatarov à Veliko Tarnovo.

En Bulgarie, les programmes d’histoire des classes bilingues sont identiques aux programmes suivis par les enseignants d'histoire en langue maternelle. Les élèves des classes de 9e et de 10e étudient au moins trois matières en français, parmi lesquelles l’histoire est la plus répandue. C’est l’histoire européenne qu’on enseigne dans les sections bilingues, avec quelques accents mis sur l’histoire nationale et internationale : l’histoire médiévale (classe de 9e) et l’histoire des Temps modernes (classe de 10e).

Des concepts différents

Très souvent, les concepts utilisés en histoire DNL exigent une traduction. Il y a des cas spécifiques où le professeur doit aux élèves une explication plus ou moins longue sur le fonctionnement d’un concept dans les deux langues. Voilà quelques exemples : le mot corvée ("travail gratuit qui était dû par le paysan à son seigneur") se traduit en bulgare par ангария ("angariya") tandis que le concept "angarie" signifie en français "réquisition d'un navire neutre par un État belligérant" ; le mot mécène ("personne ou entreprise aidant les artistes, les écrivains") se traduit en bulgare par меценат ("metsenat") tandis que "mécénat" en français signifie "action d'encourager et de subventionner les lettres, les arts ou les sciences".

"Le concept de "Grandes invasions" dans le cahier d’activités en français des élèves de 9e devient "Grandes migrations des peuples" dans les manuels en bulgare."

Il y a des concepts dont la comparaison donne la possibilité aux élèves de découvrir quelques stéréotypes du point de vue historiographique. Ainsi, le concept de "Grandes invasions" présenté dans le cahier d’activités en français des élèves de 9e devient "Grandes migrations des peuples" ("Велико преселение на народите") dans les manuels en bulgare… En classe de 10e, les concepts de "classicisme" et "baroque", "Art nouveau" ou encore de "Sécession" nécessitent également d'être explicités.

Une autre piste de travail, très proche des deux déjà mentionnées, consiste à identifier les noms francisés des personnages historiques. Les connaissances linguistiques sont en effet indissociables des connaissances historiques lorsque les élèves doivent reconnaître, par exemple : Guillaume (ou William) le Conquérant ; Jean Cabot (Giovanni Caboto ou John Cabot) ; Jacques Ier (ou James Ier) d’Angleterre ; Guillaume Ier (ou Wilhelm I) d’Allemagne, etc. Dans cet exemple précis, on pourrait d'ailleurs davantage parler de multilinguisme que de bilinguisme, car le système bulgare de translittération des noms étrangers prévoit une conservation de la prononciation dans la langue originelle présentée en cyrillique.

Les méthodes d'enseignement

En Bulgarie, l’épreuve d’histoire du bac (matura) se déroule en bulgare. Le professeur d’histoire DNL, qui doit préparer les élèves à cet examen d’État, est donc tenu d’alterner les langues et d’utiliser les manuels d’histoire en bulgare.

En histoire DNL, la langue est au service de la discipline. Les professeurs d’histoire en français doivent respecter les programmes et chercher à favoriser le rapprochement discipline-langue. Il faut pour ce faire revisiter les supports et les méthodes et surtout l’approche des documents. En Bulgarie, on utilise des brochures (cahiers d’activités) en français. Résultat d’une coopération entre l’Institut français de Sofia et les professeurs des établissements bulgares, ces cahiers sont basés sur de très nombreux documents authentiques : ils proposent des exercices conçus pour l’enseignement bilingue et offrent la possibilité aux élèves de s’exercer progressivement à penser en français. Les brochures d’histoire sont en train d’être actualisées.

Par ailleurs, l'enseignement de l’histoire DNL peut permettre une ouverture interdisciplinaire, mise en œuvre par exemple dans le projet PERLE.

La formation

En Bulgarie, il n’y a pas de formation initiale spécialement conçue pour les professeurs d’histoire en français : ce sont des enseignants d’histoire qui ont, au minimum, un niveau B2 en français. Cependant, le plus souvent, ces professeurs ont comme deuxième spécialité universitaire la philologie française.

L’Institut français de Sofia et l’Institut d’information et de formation continue des professeurs organisent chaque année des stages et des séminaires. Ainsi, en octobre 2008, l'Association des professeurs de/en français en Bulgarie (membre de la FIPF), en partenariat avec le CCC/Institut français de Sofia - Ambassade de France en Bulgarie et avec le soutien du ministère bulgare de l’Éducation, TV5MONDE, la Communauté française Wallonie-Bruxelles et le Gouvernement du Canada, a organisé à Varna un colloque intitulé "L’enseignement /apprentissage bilingue – pourquoi, pour qui, comment ? Actualités et perspectives en Bulgarie".

Toshko Hristov

(Propos recueillis par courriel le 08/01/09)